Le pouvoir thérapeutique de l'entraînement à l'improvisation

La formation à l'improvisation n'est pas une thérapie, que cela soit clair. Cela dit, elle peut avoir un effet curatif, certains thérapeutes utilisent des exercices d'improvisation dans leur travail, et nous avons régulièrement des participants aux cours qui nous ont été envoyés par leur thérapeute.
Dans le cadre de la dix jours de santé mentale et de résilience nous souhaitons attirer votre attention sur ce point. En vous informant que nous sommes cette semaine les invités de Saint Camillus Les jeunes de Bierbeek s'y rendent pour découvrir le fonctionnement de l'institution. Ils nous rejoindront également dans un atelier sur l'écoute, la connexion des cœurs et le jeu, que nous les appelons à conserver et à chérir tout au long de leur vie.
Ou en attirant l'attention sur notre offre ouverteoù vous pourrez découvrir par vous-même les effets bénéfiques, tant sur le plan physique que mental, de la formation à l'improvisation appliquée. Dans le cadre de leur travail avec Living Impro Incidemment, sur le lien étroit entre l'improvisation et la thérapie gestaltiste (Ingrid est une thérapeute gestaltiste).
Et en republiant ce merveilleux blog du thérapeute systémique Kevin Pieters. Vieux de dix ans, il est toujours d'une brûlante actualité.

Improvisation et thérapie

Kevin Pieters (°1980) est thérapeute systémique et conférencier. Il est également fasciné par l'improvisation.
Nous sommes heureux qu'il nous fasse part de ses conclusions en tant que blogueur invité. (Cet article a été publié pour la première fois en 2012, sur notre ancien site web).

Sur quoi travaillons-nous ?

L'assistance ne consiste pas toujours à résoudre les problèmes, mais souvent à créer un contexte de nouvelles significations, de nouveaux sens et de nouvelles relations. Soulager, c'est chercher en mouvement. C'est peut-être ce dans quoi je me suis fortement engagée au cours de l'année écoulée. Et peut-être que je ne me suis pas spécifiquement concentrée sur l'aide ou la thérapie. Mais principalement à la recherche de nourriture pour faire ce que j'ai fait au cours de l'année écoulée. IPRR (Institute for Psychotherapeutic Relationships and Reflections) s'imprègne, s'accroche.

Cela m'amène à une question plus philosophique : que faisons-nous (pour l'amour du ciel) ?

Y a-t-il encore de la place pour cela ?
-une rencontre ? Ne pas avoir à le faire, pouvoir choisir, disposer d'un espace de liberté
-L'inspiration ? Le troisième élément, l'improvisation, la créativité
-le non socialement désirable ?

Ou nous dirigeons-nous vers un effort d'aide qui :

-Personnalisé en profondeur ?
-protocolisée ?
-vérifié ?

Je n'ai pas de réponse béate à cette question. Tout ce que je sais, c'est que j'ai fait et, je l'espère, que je continuerai à faire le choix de prendre l'espace nécessaire à la rencontre, à la créativité et à l'inspiration. De me tenir devant cet espace et de dire que c'est l'essence de mon travail. Ou du moins, comment je vois mon travail. Sans me laisser entraîner dans une lutte de pouvoir pour savoir qui est le plus vrai. Mais simplement en partant du principe que ce que j'ai à offrir peut aussi avoir de la valeur.

C'est un peu à partir de ce mouvement que je suis entré en contact avec l'improvisation. L'improvisation comme terreau pour continuer à chercher cet espace dans mon travail actuel. L'espace de la rencontre, de la co-création, de ce qui ne se contrôle pas, du plaisir, du jeu, de l'audace, de .....

Concepts d'improvisation 

(Source Improvisation interactive)

1 - Action relationnelle

L'improvisation repose sur une attitude de collaboration basée sur la confiance mutuelle, l'acceptation et un sens partagé.

Les relations qui sont importantes dans l'impro sont la relation joueur-joueur, la relation joueur-spectateur et la relation du "moi" des joueurs. Ces trois relations font partie intégrante de la création d'une scène. L'improvisation n'est pas un simple échange d'informations, c'est un processus dynamique.

Pour permettre cette activité relationnelle, l'une des méthodes utilisées à cette fin est l'approche "Oui, et...". L'expression "Oui, et..." signifie que chaque joueur est toujours dans l'acceptation et le soutien de ce que l'autre apporte à la scène. Les suggestions proposées par l'autre sont acceptées (oui) et en même temps développées (et...).

"Oui, et..." est une attitude de base dont tout improvisateur a besoin pour pouvoir mettre en place des scènes. C'est le choix fondamental d'accepter le présent et d'aller de l'avant. Le "Oui, et...." ne signifie pas pour autant qu'il n'y a pas de place pour le conflit, la tension et le désaccord.

En fin de compte, c'est la dynamique relationnelle entre les joueurs (et l'exploration de ce qui est offert) qui rend une scène intéressante.

Outre l'acceptation, la confiance est cruciale. "Le meilleur moyen pour un improvisateur de se faire remarquer est de faire en sorte que son camarade se fasse remarquer". La confiance est liée à la confiance en soi, à la confiance en l'autre. Elle apporte la spontanéité nécessaire et minimise la critique intérieure. La confiance va plus loin, elle invite à se défaire du besoin de contrôler la situation. Elle met les joueurs au défi d'aller dans le sens de ce que l'ici et le maintenant apportent et elle vous oblige à laisser tomber vos idées (dominantes).

La valeur ajoutée de cette attitude réside dans le fait que les erreurs ne peuvent pas être commises, ou que les "erreurs" sont incluses dans l'ensemble de toutes les actions et peuvent donc commencer à avoir un sens. Les erreurs sont donc, pour ainsi dire, des constructions de notre critique intérieur et n'ont en fait rien à voir avec l'événement en tant que tel.

2 - Intégration contextuelle

Une attitude de base qui vise à être ici et maintenant, en pleine conscience. Le monde qui vous entoure, ce que vous sentez, voyez, ressentez, goûtez. Une conscience qui vous rend sensible au contexte qui vous entoure et qui amplifie vos sensations. Il ne s'agit pas tant de grossir tout ce que vous voyez que de devenir petit et très spécifiquement conscient. (La planification de la scène suivante en impro, en d'autres termes, empêche d'être dans l'ici et le maintenant. C'est à nouveau à partir de la dynamique relationnelle et de la confiance en votre collègue que vous pouvez continuer à vous concentrer sur ce qui se présente. Une étape supplémentaire consiste à répondre à tout ce qui vous vient à l'esprit à partir de cette forte présence dans le contexte. (répondre de manière authentique) Souvent, les idées et les réactions viennent sans explication logique et rationnelle, et les explications peuvent être mises en scène par la suite. (préverbal vs rationnel/verbal)

3 - Compositions narratives

Le "Oui, et...", comme nous l'avons vu plus haut, ne crée pas nécessairement une intrigue. Le "Oui, et..." permet principalement de faire progresser une histoire, et non de la bloquer. Pour arriver à une histoire, l'impro a besoin d'une structure narrative. Un récit où les différences et les points communs apparaissent entre les deux joueurs. Un jeu avec du sens. Un jeu et un contre-jeu (cf. Whitaker). Quand une histoire émerge-t-elle ? Lorsque chaque joueur sait comment définir son personnage en tant que personnage tridimensionnel. Quelles sont les motivations, les désirs et les émotions du personnage et comment les rendre interpersonnels. Ce sont ces éléments qui rendent les histoires intéressantes. À propos de la narration : L'improvisation n'invente pas de nouvelles histoires. Aucune histoire n'a été racontée qui n'ait déjà été racontée ! Le contenu des histoires n'est qu'une réflexion après coup. L'élément central est la dynamique relationnelle entre les acteurs et la création de sens.

La dynamique relationnelle est alimentée par les émotions, l'engagement mutuel, l'écoute,... Un élément important de la narration est le "statut" au sein de la dynamique relationnelle. Dans toute relation humaine, dans toute forme de communication, le pouvoir joue un rôle. En impro, cette relation de pouvoir est définie par le statut. Un statut élevé et un statut faible. La rigidité dans l'interaction survient lorsque les personnes ne peuvent ou ne veulent pas changer de statut. Dans la méthodologie de l'improvisation, les participants sont constamment invités à utiliser leur statut non pas comme un moyen de contrôle, mais comme un moyen de développement. En psychologie, la rose de Leary permet d'envisager la communication interpersonnelle sous l'angle des statuts haut, bas et ensemble, contre. En tant que conseiller, que faites-vous lorsque votre client a un statut élevé ? Pouvez-vous jouer avec votre propre statut ou vous engagez-vous constamment dans la "lutte pour le pouvoir" ?

"La véritable improvisation est un dialogue entre les gens... un dialogue d'être".
Paul Sils

Résumé (Van Renterghem)

La base de l'improvisation n'est donc pas constituée de techniques, mais plutôt d'une attitude fondamentale, inspirante pour toutes les formes de co-création :

  • Faites confiance à l'autre, partez de sa meilleure intention et mettez-vous au service de l'histoire qui se présente au lieu d'essayer de la contrôler.
  • S'intéresser sincèrement au point de vue de l'autre personne et s'émerveiller de ce qui en ressort.
  • Interagir de manière ludique et positive.

Improvisation et psychothérapie

Les liens que je fais entre l'impro et la psychothérapie doivent être écoutés dans le respect de leur singularité. Je ne plaide pas ici pour que l'improvisation soit désormais présente dans toutes les séances de thérapie. L'improvisation et la thérapie n'ont pas le même contexte ni les mêmes intentions. L'improvisation peut être une source de nourriture pour tout thérapeute qui valorise le "moi du thérapeute".

Pour parler du lien entre l'impro et la thérapie, j'aime me référer à Virginia Satir. Le point de vue de Satir : une personne qui a appris à s'estimer elle-même sera capable de communiquer de manière cohérente et claire et de résoudre tous les problèmes dans le respect de la liberté de chaque autre personne. Dans ce concept, la thérapie est considérée comme une opportunité d'aider les gens à développer une estime de soi stable, afin qu'ils osent exprimer leurs sentiments et leurs valeurs. Oui, c'est vrai et vrais non de s'exprimer, soit en disant ce qu'ils pensent et veulent vraiment, soit en ne disant pas ce qu'ils pensent qu'on attend d'eux.

Dans son livre People Making, Satir parle de 5 libertés nl :

  • La liberté de voir et d'entendre ce qui se passe réellement à un moment donné. Par opposition à ce qui devrait être, a été ou sera.
  • La liberté d'exprimer ce que je ressens et pense vraiment. Et non pas ce que l'on attend de moi ou ce que je pense que l'on attend de moi.
  • La liberté de laisser libre cours à mes sentiments. Et ne pas échanger ces sentiments contre d'autres (cfr.quadrant émotionnel.... Que puis-je permettre, quelles émotions me sont étrangères, inconfortables,...)
  • La liberté de demander ce dont j'ai besoin. Et ne pas toujours attendre la permission.
  • Liberté de prendre des risques et responsabilité personnelle. Au lieu de se contenter de la sécurité et de ne pas oser essayer quelque chose de nouveau.

Décision

Grâce à l'art dramatique et au théâtre, les processus intérieurs et interpersonnels peuvent être traduits, ce qui permet de rétablir le mouvement là où il y avait de la stase. Une source peut jaillir dans le vide, une voix peut être donnée au silence et le chaos peut trouver une structure.

Les attitudes de base de l'impro étaient tellement reconnaissables pour moi, mais elles étaient plus que cela. En pratiquant les ateliers d'improvisation, j'ai dû prendre conscience de ces attitudes particulières, de mes blocages, de ma tendance à contrôler ou à dominer. Même si, dans le contexte du conseil, il y a intervision, supervision et j'en passe, c'est dans le contexte de l'improvisation théâtrale que j'ai repris conscience de certaines attitudes de base évidentes. Après tout, la thérapie/la vie n'est-elle pas toujours un peu improvisée ? Quoi qu'il en soit, l'impro m'a permis de me nourrir et de réaffirmer le pouvoir de ce qui a été mis en avant tout au long des 4 années de l'IPRR. Le moi du thérapeute, l'espace de rencontre et de création de sens et de co-création.... ...